Read Hunter s'est laissé couler by Judy Quinn Online

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Hunter est mort. Pour ces hommes qui ont vu leur destin lié au sien durant la guerre, il sera passé comme une ombre. Comment, alors, le raconter?...

Title : Hunter s'est laissé couler
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ISBN : 9782896480203
Format Type : ebook
Number of Pages : 175 Pages
Status : Available For Download
Last checked : 21 Minutes ago!

Hunter s'est laissé couler Reviews

  • Amélie
    2019-04-27 15:15

    Il y a un procédé littéraire que j’aime d’amour, & c’est : quand un récit se construit autour d’un personnage central auquel on a seulement accès à travers les mots des autres, à travers l’histoire qu’ils font de leur rencontre ou leur amitié ou leur vie avec cet élusif personnage principal. Dans Hunter s’est laissé couler, Judy Quinn revisite ce procédé & en rajoute une couche, choisissant de raconter par la bande, avec les mots de trois narrateurs différents, la vie d’un homme qui n’a laissé dans l’histoire que des traces fragiles & minces – des doigts qui frôlent la surface de l’eau, quelque chose comme ça. On n’apprendra pas à le connaître. On ne comprendra pas ce qu’il était. Son passé sera avalé par son époque, & ce sera impossible de le reconstituer entièrement.Le livre comprend trois parties, chacune d’entre elles avec son narrateur ; chacune d’entre elles avec sa poésie particulière, aussi, son rythme. Dans la première, nous sommes quelque part dans la cale d’un bateau de la marine canadienne, durant la Seconde Guerre mondiale, avec un passager clandestin qui tient un journal. Dans la deuxième, nous sommes au chevet d’un homme malade, un vieil homme qui raconte, en longues phrases haletantes, sa dernière traversée sur ce même bateau de guerre. & dans la troisième, finalement, nous passons en Angleterre, & suivons le quotidien d’un jeune aviateur, en permission puis au combat. Ces trois hommes ont connu Hunter, bien ou pas. Mais, parce qu’ils sont humains, c’est eux-mêmes qu’ils préfèrent raconter, c’est sur eux-mêmes que chacun de leurs récits sont centrés ; si Hunter y apparaît, c’est en personnage secondaire, un personnage dont le portrait est brossé à la va-vite, de manière toujours impressionniste.Le plaisir que procure ce roman ne réside donc pas dans la découverte d’un personnage, mais bien dans la façon qu’a Judy Quinn de l’esquiver, de nous parler, à chaque fois qu’Hunter met les pieds dans la page, de la difficulté de raconter les gens. & elle le fait, en plus, en jouant magnifiquement avec le langage, construisant dans chacune des trois parties de petits mondes clos, autosuffisants, où le style qu’elle leur donne devient la seule réalité qu’on puisse espérer connaître. L’atmosphère qui porte les trois récits, la sensation d’étouffement que laisse la guerre dans la poitrine, une guerre que les personnages vivent ou dont ils se souviennent, une guerre qui les avale tout rond – tout ça est porté par une maîtrise enviable des mots, & de leur poids.Je me souviens avoir lu une nouvelle d’un auteur chinois, il y a quand même assez longtemps (...assez longtemps pour que j’oublie le nom de l’auteur) ; je me souviens que cette toute petite histoire faisait le récit de ce qui se passe après la mort d’un homme ordinaire, & des toutes dernières fois où quelqu’un, quelque part, mentionne son nom. Je crois que ça finissait comme ça : & ce fut la dernière fois qu’une personne prononça son nom. C’est une nouvelle qui m’avait beaucoup secouée, dans tout ce qu’elle avait de résigné & de doucement fataliste. Hunter s’est laissé couler ne fait pas dans le doucement fataliste, ou enfin pas exactement, mais le roman m’a laissé la même impression. La mémoire que les gens ont de nous est tellement fragile ; nos vies sont tellement petites. & ce livre, exigeant mais puissant, nous le rappelle constamment.